21.09.08
78---seulement trente ans
je me suis noyée et je suis dégueulasse Je suis verdâtre vert de l'âtre verdâtre avec du bleu du blanc dans le feu Daltonienne forcenée aux pupilles militantes Je vois l'envie en noir et blanc Je vois la vie en vert et rouge Des algues accrochées à mes ongles je gratte le centre de l'absence
Les éclats brillants se fracassent contre les parois poisseuses de l'immense pot de miel. Ce sucre dégoûte ses papilles, elle se réfugie dans le goût salé de ses larmes, dans l'inondation qui se cogne à ses dents. Ce calcaire si soigneusement titillé, traces sous ses ongles... Les articulations douloureuses, elle tremble en occultant l'image rêche de la grotte, ses murs humides, son intérieur visqueux d'oeuf pourri. Celle qui se goinfre a un nez de clown, grotesque, pêcheresse, elle mord dans l'écarlate, dans le pourpre le plus poudreux, dans le rose le plus rugueux, et son foie se révolte. Elle passe ses heures penchée, vomissant la liqueur vitale, ses amygdales enflant, geignardes qu'elle tanne sans douleur. Elle est légère et acide, petit fruit petit citron, un jour elle s'envolera, oubliant son ventre vide, oubliant la bile amère.
Sa perdition devient risible. Elle traîne le boulet qu'est le désir de substance, ce soir les grains se frottent à son oreille, elle se retourne et les voit penchés tous deux sur les cristaux mirifiques, elle pleurerait pour moins que ça, cette transparence jouissive, ces fantasmes délirants, oui elle voudrait pleurer mais elle ne peut plus. La mort devient Morphée, elle réclame le miroir pour cracher dessus, mordre les fées, étreindre les sorcières, que ses mâchoires se brisent, que le métro n'arrive jamais. C'est ça vivre.
03.09.08
75 - gni
http://www.desyeuxdesoreilles.com/lamachineacaca/intro.html
31.05.08
58 _ i've been a bad girl and i've kissed the witches
« C'est con de s'attacher au gens comme ça,
j'ai un côté obsessionnel,
l'amour n'a rien de mystérieux, il est explicable jusqu'au moindre détail à qui sait explorer son inconscient propre, je sais que je remplis ma vie, que j'occupe un temps absurde destiné à me laisser tomber dans un caveau en route, le temps n'a pas besoin de moi, il avance très bien tout seul, et je crois que les gens n'ont pas idée de l'énergie que réclame la mise en place d'un suicide, c'est une chose d'avoir envie de mourir ; c'en est une autre de n'avoir aucune envie. Avoir envie de mourir nourrit une énergie, un flux déterminé qui anime le corps dans le but de l'éteindre. Tuer un corps n'est pas une tâche aisée. Il ne faut pas s'y adonner par lassitude, car la lassitude n'est pas stimulante.
Faire couler un bain, y plonger mon immonde corps frissonnant, appuyer sur les lames de rasoir ? Me hisser à la fenêtre, projeter mon corps au sol ? Installer une corde, y faire pendre mon cou ? L’homme bande, est-ce que la femme mouille quand elle se pend ? Avaler des médicaments ? Allumer le gaz, m’allonger et attendre ?
Attendre quoi ?
Les gens ne se rendent pas compte de l’énergie que nécessite un suicide. Je sais qu’ils voudraient que j’aie cette énergie mais non, je ne peux pas. J’existe encore, dans toute ma laideur. »

14.02.08
38 - "Il est trop mignon"
"Oh ! Oh ! Oh ! Oh mon dieu ! Dieu ! Ils m’ont enfermée. Je suis sûre qu’ils m’ont enfermée. Je vais aller les chercher je sais qu’ils veulent que je meure. Ils me reprochent cette odeur, cette odeur dégueulasse, fétide, qui emplit ma chambre, semble suinter des murs eux-mêmes, mon dieu ! Sauve-moi ! Ce soir la Lune resplendit comme un joyau, une pierre translucide qui éclabousse ma pièce, ma cellule, le seul endroit qui m’appartient. Lorsque je marche j’écrase des choses. Le sol est jonché d’objets, qui s’étendent en plusieurs strates de désordre. La Lune brille, cette insolente. Je sais que je suis laide quand je pense. Mon reflet dans ma glace ! Oh ! Oh ! Dieu ! Je vais mourir, je le sais, je sens que je vais mourir. J’ai écarté les rideaux, tout grand, le ciel noirci est dégueulasse il va me bouffer je le sais. Et il rotera mes entrailles pour qu’elles pleuvent sur le village. Ils ne savent pas d’où vient l’odeur. L’odeur vient de mes tampons usagés qui sont écrasés. Je sais qu’ils existent. Mes tampons usagés sont la première strate, sous tous les objets qui jonchent mon sol. Ça pue le sang menstruel, le sang qui pourrit, qui s’imprègne au plancher et qui se mêle à l’odeur des pots de fleurs renversés. Et puis je vomis, quand je vomis par la fenêtre sa coule sur le mur et ça se mélange, et quand je bois l’alcool se mêle, et les cendres des clopes, le shit, je m’en fous du shit, les boulettes je les écrase et les mêle aux odeurs. La terre et le sang, les bêtes habitent dans ma chambre, elles me dévorent pendant la nuit, elles sucent mon sang et me font des piqûres, Dieu ! Dieu ! Dieu ! Ils n’en ont rien à foutre. Alors je m’adresse à TOI. Eux, ils ne rentrent jamais dans ma cellule. Ils préfèrent copuler dans les chambres inférieures, avec leurs corps flasques et vieux. Je le sais, je les ai entendus et je déteste mon nez. Heureusement qu’elle est stérile maintenant, elle, elle n’a plus de sang et lui son sperme pue et commence à s’user. J’en suis sûre. Ils ont assez fait de gosses comme ça, assez de désastre. Oh, Dieu. Dieu ; je sais que tu es là, que tu existes, que tu m’entends. La croix qui pend me scinde le cou et je m’agenouille sur le sol dégueulasse. J’ai la tête lourde et brûlante. Mes genoux sont maculés de sang et de terre, j’ai coupé mon épiderme avec un cutter et j’ai mélangé le sang de fille à la terre de l’orchidée que m’avait offerte R. pour mon quinzième anniversaire.
Je me suis fait ronger de l’intérieur par cette haine, je me suis fait ronger de l’intérieur. J’effleure mes côtes…Dieu. Je crois de toute mon âme que mon salut est proche. Le museau humide de l’enfant, les jambes nues de l’amante. Des images abstraites s’enchaînent et je flotte déjà hors du temps. Je me vois déjà de l’autre côté. Je me vois déjà inerte. Je me vois déjà les mains immaculées, elles ne sont plus souillées de rouge et de rose. Je me vois déjà hors de cet endroit immonde…Pourtant je ne me suis pas encore pendue."
DECEMBRE 2007
17.11.07
22 - softer softest

Quelque chose de profondément ridicule. De petit, d'étroit. On tenterait obstinément d'introduire toutes ces trop grosses choses à l'intérieur, sans jamais y arriver. Tu souffres ? Quelle question stupide. Il ne me manque que les riffs déchaînés des guitares de mes idoles, qui me font oublier ; un tout petit peu. L'horizon se révèle légèrement, il est pâle, et ils se battent tous pour y foutre le feu. L'essence a été répandue, ils se disputent l'alumette, leurs mains sont moites, épaisses, vigoureuses et maladroites. Et leurs bouches crient des mots haineux et pleins de salive vénéneuse. Je ne peux même plus les regarder dans les yeux. Mes dents claquent.
Il fait trop froid.
02.11.07
18 - Ella, l'insipide
L’héroïne est encore là, l’héroïne est encore en moi. C’est si intense, cette rage. C’est de la colère tirant vers la haine ; la haine d’un monde injuste, absurde par son injustice, par la douleur sans fond qui en découle. Quand on est heureux on ne cherche pas à trouver un sens à l’absurdité. Parfois on arrive presque à trouver ça joli. C’est la douleur qui accentue ce sentiment sans fondement. Je souffre : au nom de quoi ? De rien. Rien, rien du tout. Rien ne justifie la douleur qui m’habite. Je vis pour rien, chaque geste que je fais n’a aucun sens, aucune base profonde ; je lis, je m’instruis, je me drogue, je bois, j’apprends, je pleure, je ris, je baise, je pense, j’avance, je bataille mollement, je me détruis, je dessine, j’invente des jeux. Tout ça ? Pour rien. Rien, un jour, mes actes seront effacés ; d’ailleurs déjà certains sont morts. Emportés, aspirés par l’oubli. Rechercher le plaisir constructeur ? Pourquoi ? N’y a-t-il pas après tout plus de jouissance dans la destruction, dans l’expression de la puissance maladive et néfaste ? N’y a-t-il pas plus de beauté dans le geste qui ôte tout espoir ? So, ma So, n’a-t-elle pas trouvé la réponse aux questions néfastes ? Ma douce, ma toute petite, ma démesure, elle a mordu goulûment dans la pomme de Blanche-neige, elle a causé sa propre perte. Cette lame brillante qui fait perler le sang à mon bras : rien ne peut remplacer l’intensité de cette jouissance. Rechercher le bonheur ? Quel bonheur ? Ce n’est qu’un vaste leurre. Le monde s’empresse de nous cracher à la gueule notre désespoir, de nous rappeler que nous ne sommes pas faits pour lui. Détruisons ; détruisons le futur, détruisons les autres, mais surtout détruisons-nous nous-mêmes. Il n’y a rien de mieux que de nous faire du mal. Le premier sourire d’un nourrisson…ce qui est joli, c’est la matière visqueuse, sanguinolente qui souille sa peau rose, c’est son cri de haine lorsqu’il est expulsé du ventre, lorsqu’il sort de la crevasse dans l’unique but d’aller rejoindre un second caveau. Nous sommes tous des mort-nés. Oh ma douce, ma So, ma démesure. Les mères sont des tombes prématurées, des tombes vivantes, l’avant-goût de l’après-vie. Elles sont elles-mêmes, par définition, l’essence de l’absurde. Le père est celui qui, muni de ses graines empoisonnées, décharge ses immondices dans le caveau-poubelle, jardinet gluant de la femme allongée sur le dos. J’ai mal. Entre les omoplates, là. Je ne veux plus faire la mort. Le cimetière est une mère géante, aux multiples ventres, je veux lui cracher dedans. Me voici, poubelle, me voici, mon corps est déjà un déchet, je suis un garçon trop tôt, que les foudres s’abattent. Oh ma douce, ma démesure. L’héroïne juteuse me glace les veines, mon sang bouillonne pourtant, je le sens chauffer. Je vais le verser au nom de l’absurde, au nom de la vie. Ça grouille, ça grouille la fourmilière, le cimetière c’est le ventre ; tous ces corps, le sperme.
07.10.07
10 -
J’ai toujours été une enfant bizarre. Le genre de môme qu’on a envie de cacher, qu’on voudrait faire taire, ou attacher quelque part comme on passe la corde au cou d’un chien, simplement parce qu’elle fait honte. Ce n’est pas une question d’insolence, de pertinence inopportune ou de turbulence effrontée. C’est juste ce côté chien battu, ces yeux de victime, ternes et étalés comme les deux grands fenêtres de ma démence. Ces paroles fades et bêtes, ça finit par gêner. Ces êtres qu’on aimerait éliminer, comme on gratte une tache sur le carrelage immaculé. Une fille mignonne, mais qui occupe trop de place, qui étale sa présence trop violemment, et trop bizarrement, qu’on ne peut pas ranger. Une fille qui rate, trop souvent pour être aidée : ceux qui ratent trop font peur. Les gens angélisent les enfants, pourtant il n’y a rien de plus cruel que ces créatures, dont l’abus de pureté taille jusqu’à l’os.
12.09.07
2 - (il m'a rendue tarée.)
La radioblog dure 20 minutes, donc faut avoir le temps les mecs.
Une très belle femme. Voir écouter sentir toucher goûter surtout, c'est elle. Elle est bonne et est à MOI. Du regard qui jette comme des yeux remplis de lumière, la prunelle étincelante qui s'attarde sur mon visage sans éclat. Respendir c'est elle. Pas de griserie qui se noie dans l'éternel, celle-ci vogue et resplendit de son éphémère jeunesse qui persiste si doucement. C'est de la violence, une telle splendeur, dont on devine le goût sans même l'avoir senti. Brusquement tout baigne dans l'auburn et dans le musc, et tandis que je tends les bras la voici qui respire. C'est son souffle tiède qui laisse deviner la profondeur de la voix qu'elle cache dans son ventre. Miauler pour supplier de jouir, c'est elle. Se pelottonner comme une chatte sur le torse d'un homme sans goût, c'est elle. C'est son souffle encore, son souffle qui va se perdre dans ma gorge. L'odeur de chair qui en découle, qui se répand en rivières chaudes comme du miel. Des petits ruisseaux de chaleur qui font de grandes rivières brûlantes. C'est le musc et les cheveux lourds de parfum tiède qui effleurent ma joue. Plonger le visage dedans, attraper chaque once de délice de son odeur ; c'est elle. Sa peau fleurie et son cou brûlant. De A à Z. De la soie au velours, du velours à la laine, de la laine aux draps sales, c'est un réveil malencontreux. Bonne jusqu'au bout, déjà la conscience s'étiole dans les étoiles du sommeil.






